Le baromètre Facts & Figures chiffre la hausse à +25 points de base
Le cabinet Good Value for Money, associé à Facts & Figures, publie chaque année un baromètre de référence sur l’épargne vie individuelle en France. La 17e édition de cet exercice prévisionnel, diffusée à l’été 2026, avance un taux moyen des fonds euros de 2,90 % pour l’exercice 2026, contre 2,65 % servis en 2025. Cela représente une progression de 25 points de base, soit le rythme de hausse le plus régulier observé depuis le cycle de remontée des taux entamé en 2022.
Une mise en garde s’impose d’emblée : ce chiffre est une projection, pas un résultat arrêté. Les assureurs ne communiqueront leurs taux définitifs qu’au premier trimestre 2027, après clôture de l’exercice comptable 2026. Le baromètre Facts & Figures repose sur une modélisation des portefeuilles obligataires existants, des conditions de réinvestissement actuelles et des politiques de distribution observées chez les principaux acteurs du marché. L’estimation a historiquement montré une fiabilité raisonnable — à ±10 points de base en moyenne sur les dernières éditions — mais elle reste conditionnelle à plusieurs paramètres macroéconomiques.
Si ce niveau de 2,90 % se confirme, il placerait les fonds euros à leur meilleur rendement moyen depuis environ une décennie, effaçant progressivement la séquence 2016-2022 durant laquelle les taux avaient chuté jusqu’à 1,10 % en moyenne annuelle.
Ce qui tire les rendements vers le haut en 2026
La mécanique de progression est structurelle. Les fonds euros sont composés à 75-85 % d’obligations, principalement souveraines et d’entreprises de bonne qualité. Ces portefeuilles ont été constitués sur des décennies, avec des lignes achetées à des taux historiquement bas entre 2015 et 2021. Chaque année, une fraction de ces obligations arrive à maturité et doit être réinvestie. Depuis 2022, les nouvelles émissions obligataires offrent des rendements nettement supérieurs — les OAT françaises à 10 ans se négocient autour de 3,3-3,5 % en 2026 — ce qui améliore mécaniquement le rendement moyen du portefeuille.
Ce phénomène de rotation progressive des actifs met du temps à produire ses effets, car un fonds euros classique ne renouvelle qu’une fraction limitée de son stock chaque année, généralement entre 5 % et 10 % selon la duration moyenne du portefeuille. La hausse de 2026 reflète donc deux à trois ans de réinvestissements accumulés à de meilleures conditions.
La pression concurrentielle entre assureurs joue également un rôle. Face à des alternatives comme les livrets réglementés, les SCPI ou même les ETF obligataires accessibles via des contrats d’unités de compte, les assureurs ont moins de latitude pour conserver les bénéfices dans leur provision pour participation aux bénéfices (PPB) sans risquer des rachats significatifs.
Le Livret A à 2,4 % : un écart qui rebat les cartes
Depuis le 1er février 2025, le taux du Livret A est fixé à 2,4 %, après avoir culminé à 3 % entre août 2023 et janvier 2025. Si la projection de 2,90 % se confirme, les fonds euros afficheraient un écart positif de +50 points de base par rapport au Livret A — une situation inédite depuis plusieurs années, où la tendance était plutôt inverse.
Cet écart brut doit toutefois être lu avec précision. Le Livret A est exonéré d’impôts et de prélèvements sociaux, et les fonds sont disponibles à tout moment sans délai. L’assurance vie, elle, supporte les prélèvements sociaux de 17,2 % sur les intérêts générés par le fonds euros chaque année. Avant 8 ans de détention du contrat, les plus-values rachetées sont soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Après 8 ans, un abattement fiscal de 4 600 € (ou 9 200 € pour un couple) s’applique sur les gains, puis le taux passe à 24,7 % (7,5 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux).
Pour un épargnant avec un contrat de plus de 8 ans et des gains modérés, l’avantage réel des fonds euros reste tangible. Pour quelqu’un qui souscrit aujourd’hui, la comparaison est moins immédiate. Les contrats récents comme ceux distribués par certaines plateformes en ligne — l’offre boostée de Nalo Patrimoine jusqu’en décembre 2026, par exemple — intègrent des mécanismes promotionnels qui modifient temporairement ce calcul.
Des écarts importants selon les contrats
La moyenne de 2,90 % masque une dispersion considérable. Selon les données compilées dans le palmarès 2026 des contrats d’assurance vie, certains fonds euros distribués par des courtiers indépendants ou des acteurs en ligne devraient dépasser 3,5 % pour l’exercice 2026, tandis que plusieurs contrats de réseaux bancaires traditionnels resteront en dessous de 2,30 %.
Cette dispersion s’explique par plusieurs facteurs. La composition des portefeuilles d’abord : certains assureurs ont pris des positions plus dynamiques sur les obligations à haut rendement ou les actifs réels (immobilier, infrastructures), ce qui améliore le potentiel de distribution. La politique de PPB ensuite : des assureurs qui avaient constitué des réserves importantes dans les années 2018-2022 peuvent les débloquer progressivement pour servir des taux plus attractifs sans compromettre leur solvabilité. Enfin, les frais de gestion du contrat — qui varient de 0,5 % à plus de 1 % selon les distributeurs — amplifient mécaniquement les écarts nets perçus par l’épargnant. Un bilan détaillé montre que 25 fonds euros restent sous la moyenne, quand 19 dépassent déjà le seuil de 3 %.
Les incertitudes qui pèsent encore sur la prévision
Plusieurs aléas peuvent faire dévier la trajectoire d’ici la publication des taux définitifs au début 2027. Le principal concerne la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Si la BCE accélère ses baisses de taux directeurs d’ici fin 2026 — scénario possible en cas de ralentissement marqué de l’économie européenne — les rendements des nouvelles émissions obligataires baisseraient, limitant le potentiel de réinvestissement avantageux pour les assureurs.
La politique de mise en réserve des assureurs constitue un autre levier d’incertitude. La PPB permet aux compagnies d’affecter une partie des produits financiers à une réserve plutôt qu’aux assurés, qu’elles ont ensuite 8 ans pour redistribuer. En 2023-2024, plusieurs grands assureurs avaient choisi d’alimenter ces réserves plutôt que de maximiser les taux servis. Un revirement de stratégie — dans un sens ou dans l’autre — pourrait modifier sensiblement la moyenne observée.
Le comportement des épargnants eux-mêmes joue un rôle non négligeable. Des rachats massifs sur les fonds euros obligeraient les assureurs à liquider des obligations avant leur maturité, potentiellement à perte si les taux de marché ont bougé. Ce risque de liquidité pèse sur les décisions de distribution et peut inciter les compagnies à constituer des marges de sécurité supplémentaires. Les chiffres définitifs de l’exercice 2026 ne seront connus qu’avec la publication des rapports annuels des assureurs, attendus entre janvier et mars 2027.