Les Français roulent moins, mais leurs primes d’assurance continuent de grimper

Votre voiture roule moins depuis la rentrée ? L'assurance au kilomètre peut alléger la prime

11 600 km par an : un kilométrage en recul depuis des années

Le kilométrage annuel moyen des voitures particulières françaises s’établit à 11 600 km en 2025, selon les données publiées en septembre 2026 par jechange.fr. C’est une baisse de 1,0 % par rapport à 2024, qui faisait elle-même suite à un recul de 0,6 % l’année précédente. Sur cinq ans, l’écart par rapport à 2019 atteint désormais 7,3 %. Et si l’on remonte à 2011, le recul cumulé dépasse 10 %.

La rentrée de septembre accentue chaque année ce phénomène. Beaucoup de conducteurs reprennent un rythme de télétravail deux ou trois jours par semaine, reviennent aux transports en commun pour les trajets quotidiens, ou adoptent le vélo pour des distances courtes. Ces arbitrages, devenus structurels depuis la généralisation du travail à distance, pèsent mécaniquement sur le compteur kilométrique annuel. Une voiture utilisée principalement le week-end ou pour des déplacements occasionnels parcourt facilement 40 % de moins qu’un véhicule de trajet domicile-bureau quotidien.

Cette tendance longue n’est pas propre à une catégorie de conducteurs. Elle touche autant les urbains équipés d’un abonnement de transport en commun que les périurbains qui ont reorganisé leur semaine de travail. Le résultat est le même : la voiture reste au garage plus souvent, et le kilométrage annuel réel s’éloigne des forfaits sur lesquels les contrats d’assurance sont encore largement calculés.

Des primes qui ne reflètent pas la réalité du garage

Le paradoxe est bien documenté : pendant que les Français roulent moins, leurs cotisations d’assurance auto augmentent. Les primes ont progressé en France de plusieurs points de pourcentage sur les deux derniers exercices, sous l’effet conjugué de l’inflation des pièces détachées, de la hausse du coût des réparations et de la sinistralité liée aux événements climatiques. Ces facteurs sont réels — mais ils s’appliquent à tous les assurés, y compris ceux qui n’ont quasiment pas utilisé leur véhicule dans l’année.

Le mécanisme des contrats classiques explique ce décalage. Lors de la souscription, le conducteur déclare un kilométrage annuel estimé — souvent 10 000, 15 000 ou 20 000 km — et la prime est calculée sur cette base forfaitaire. Si vous roulez finalement deux fois moins, la cotisation ne s’ajuste pas automatiquement. L’assureur a couvert un risque potentiel, pas un usage réel.

Ce fonctionnement convient à un conducteur dont le kilométrage est stable et prévisible. Il devient moins pertinent quand l’usage évolue année après année dans le même sens : moins de trajets, moins de risques d’exposition, mais une prime qui ne bouge pas dans la même direction.

L’assurance au kilomètre : comment ça fonctionne concrètement

L’assurance au kilomètre repose sur une architecture tarifaire en deux parties. Une part fixe mensuelle couvre les garanties de base : responsabilité civile, protection juridique, garanties vol et incendie selon la formule choisie. S’y ajoute une part variable, calculée en fonction du nombre de kilomètres effectivement parcourus au cours de la période.

Le relevé du kilométrage s’effectue selon trois méthodes principales selon les contrats. Certains assureurs installent un boîtier télématique connecté à la prise OBD du véhicule, qui transmet les données en temps réel. D’autres s’appuient sur une déclaration périodique du conducteur, accompagnée d’une photographie du compteur kilométrique transmise via une application mobile. Une troisième approche consiste en une déclaration annuelle sur l’honneur, avec vérification lors d’un sinistre ou d’une résiliation.

Les profils pour lesquels ce type de contrat est cohérent sont assez précis : conducteurs parcourant moins de 8 000 à 10 000 km par an, propriétaires d’une voiture secondaire utilisée uniquement le week-end, télétravailleurs qui n’utilisent leur véhicule qu’à raison de deux ou trois jours par semaine. Pour une voiture peu utilisée en milieu urbain, le différentiel de prime peut atteindre plusieurs centaines d’euros sur l’année.

Ce que les assureurs proposent à la rentrée 2026

À la rentrée 2026, plusieurs acteurs proposent des contrats indexés sur le kilométrage réel. On retrouve des offres chez des assureurs en ligne comme Leocare, Wilov ou encore des formules développées par des mutuelles traditionnelles qui ont adapté leur gamme à la demande des petits rouleurs. Les prix indicatifs varient selon la formule choisie, le profil du conducteur et la puissance du véhicule, mais la structure tarifaire tourne généralement autour d’une base fixe comprise entre 5 et 15 euros par mois, à laquelle s’ajoute un tarif au kilomètre oscillant entre 3 et 6 centimes.

Ces chiffres sont à prendre comme des ordres de grandeur : le devis personnalisé reste indispensable pour comparer efficacement. Certains contrats intègrent également une option de kilométrage plafonné — par exemple 7 000 km/an — avec un tarif forfaitaire avantageux en dessous du seuil, et un décompte au kilomètre au-delà.

Le marché reste encore limité par rapport à l’offre classique, mais il se structure progressivement. Les assureurs qui misent sur la télématique peuvent aussi proposer des modules comportementaux — analyse de la conduite, freinage, vitesse — qui influencent la prime. Ce n’est pas systématique, et certains contrats au kilomètre fonctionnent sans aucune collecte comportementale.

Les limites à connaître avant de basculer

Le point de bascule entre assurance classique et assurance au kilomètre se situe généralement autour de 10 000 à 12 000 km annuels. En dessous, le contrat indexé est presque toujours plus avantageux. Au-dessus, la part variable commence à rogner l’économie réalisée sur la part fixe. Un conducteur qui parcourt 15 000 km par an paiera souvent plus cher qu’avec une formule classique équivalente.

Le dépassement du kilométrage déclaré ou du plafond contractuel entraîne des surcoûts qui peuvent être significatifs. Selon les contrats, le prix au kilomètre supplémentaire peut être majoré de 20 à 50 % par rapport au tarif normal. Mieux vaut donc estimer son kilométrage avec une marge réaliste plutôt que de sous-déclarer pour obtenir un tarif plus bas.

La question du boîtier télématique mérite aussi attention. Ce dispositif collecte des données de localisation et d’usage, qui sont transmises à l’assureur. Les contrats doivent préciser la durée de conservation des données, leur utilisation possible en cas de sinistre et les droits d’accès du conducteur. Ces éléments figurent dans les conditions générales — les lire avant de signer évite les mauvaises surprises, notamment si un sinistre donne lieu à une analyse des données de trajet. Certains usages professionnels du véhicule peuvent par ailleurs invalider certaines clauses des contrats personnels au kilomètre, ce qui nécessite de vérifier la compatibilité avec l’activité déclarée.

À l’heure où le paysage assurantiel automobile se recompose sur plusieurs fronts, l’assurance au kilomètre s’installe comme une option structurelle pour les petits rouleurs — pas comme une solution miracle, mais comme un mécanisme de tarification qui aligne enfin la prime sur l’usage réel du véhicule.