Assurance vie : 25 fonds en euros sous la moyenne, 19 au-dessus de 3 % dans le palmarès 2026

Contrats d’assurance vie : 25 fonds en euros décrochent la moyenne dans notre palmarès 2026, seuls 19 rapportent encore plus de 3 %

Un rendement moyen de 2,63 % qui creuse les écarts

L’ACPR a publié en juin 2026 le rendement moyen des fonds en euros pour l’exercice 2025 : 2,63 %, net de frais de gestion mais avant prélèvements sociaux. Ce chiffre marque un léger recul par rapport aux 2,70 % relevés pour 2024 et s’installe comme nouveau seuil de référence dans les comparatifs de la place.

Le problème avec ce seuil, c’est qu’il ne dit rien de la dispersion. La moyenne masque un fossé croissant entre assureurs : certains fonds ont servi moins de 1,80 %, d’autres ont franchi 3,50 %. L’inflation française, autour de 1,8 % en glissement annuel à fin 2025 selon l’INSEE, reste encore présente — un fonds qui sert 2 % net ne fait pas gagner grand-chose en pouvoir d’achat réel.

Le seuil de 2,63 % fonctionne donc comme ligne de partage opérationnelle : en dessous, l’épargnant perd du terrain par rapport à la tendance centrale du marché ; au-dessus, il peut légitimement se demander si son contrat est bien positionné par rapport aux meilleurs de sa catégorie.

Les 25 fonds qui décrochent : ce que leurs chiffres révèlent

Le groupe des 25 fonds passés sous la moyenne 2,63 % recouvre des réalités hétérogènes. On y trouve principalement des fonds adossés à de grands réseaux bancaires — dont certains figurent régulièrement dans le bas des classements depuis trois exercices consécutifs — ainsi que des contrats d’assurance vie distribués exclusivement en agence, là où les marges de distribution absorbent une fraction significative du rendement potentiel.

Deux profils dominent parmi ces fonds sous-performants. Le premier : des portefeuilles obligataires construits avant 2022 avec des souches à taux très faibles, que les gestionnaires n’ont pas réussi à renouveler suffisamment vite malgré la remontée des taux directeurs. Le second : des fonds dont les provisions pour participation aux bénéfices (PPB) ont été constituées tardivement, limitant la capacité de revalorisation même quand le rendement comptable le permettrait.

Pour les assurés concernés, le signal est concret : un contrat servi à 1,9 % ou 2,1 % sur 2025 génère une perte nette relative par rapport aux placements sans risque comparables — le Livret A est resté à 3 % jusqu’en début d’année 2025, avant d’être abaissé à 2,4 % en février. Le ressenti des épargnants investis dans des contrats peu rémunérateurs est souvent celui d’un rendement décroché de la réalité de marché, sans explication claire sur les raisons de cet écart.

Les 19 fonds à plus de 3 % : ce qui les distingue du lot

À l’opposé, 19 fonds ont franchi la barre symbolique de 3 % nets de frais. Leur point commun le plus visible : une exposition significative aux actifs immobiliers — SCPI, SCI, immobilier en direct — qui a soutenu le rendement global même quand les valorisations obligataires corrigeaient. Certains assureurs, notamment des acteurs mutualistes, affichent des parts d’immobilier supérieures à 10 % de l’actif général de leur fonds euros.

Le deuxième facteur distinctif tient à la gestion des PPB. Les assureurs ayant constitué des réserves importantes entre 2019 et 2022 — années de taux négatifs où les distribuer aurait été contre-productif — disposent depuis 2023 d’un levier de revalorisation que leurs concurrents n’ont pas. Ces reprises de provisions peuvent représenter 20 à 40 points de base de rendement supplémentaire sur un exercice, sans que cela corresponde à une surperformance structurelle du portefeuille sous-jacent.

Troisième élément : la taille des encours. Des fonds avec des encours massifs, supérieurs à 30 milliards d’euros, subissent mécaniquement un effet de dilution quand la collecte nette est forte — chaque euro entrant est investi aux taux actuels, ce qui tire la moyenne vers le bas. Des fonds de taille intermédiaire, entre 2 et 8 milliards d’euros, disposent d’une agilité de gestion plus grande. Le palmarès des contrats de plus de 8 ans en 2026 confirme cette tendance, avec des arbitrages plus fréquents vers des enveloppes de taille maîtrisée.

Pourquoi l’écart se creuse entre les meilleurs et les moins bons

La remontée des taux obligataires amorcée en 2022-2023 n’a pas bénéficié à tous les assureurs de la même façon. Ceux qui disposaient de marges de manœuvre pour céder des obligations anciennes et réinvestir sur des souches plus rémunératrices ont accéléré le renouvellement de leur portefeuille. D’autres, contraints par des engagements de rachat ou des flux de collecte défavorables, ont dû conserver des lignes anciennes à faible coupon plus longtemps que prévu.

La réglementation impose par ailleurs un encadrement strict des PPB : elles doivent être redistribuées dans un délai de 8 ans. Les assureurs qui ont joué le jeu de la constitution prudente de réserves entre 2017 et 2022 arrivent aujourd’hui à maturité de ce calendrier, avec une capacité de distribution que leurs concurrents — qui ont préféré distribuer au fil de l’eau — n’ont plus. Cet effet calendaire réglementaire explique une partie non négligeable de la dispersion actuelle, indépendamment de la qualité de gestion.

La divergence n’est donc pas conjoncturelle. Elle reflète des choix stratégiques pris il y a cinq à dix ans, en matière d’allocation d’actifs, de politique de distribution et de gestion du passif. Des plateformes en ligne comme Nalo Patrimoine, qui a mis en place des mécanismes de boost temporaire sur son fonds euros, illustrent comment certains acteurs cherchent à compenser structurellement ces écarts via des offres promotionnelles ciblées.

Ce que ce palmarès change pour les épargnants déjà investis

La lecture du relevé annuel d’un contrat sous-performant pose une question opérationnelle précise : rester, arbitrer ou transférer ? Les frais d’arbitrage interne vers des unités de compte varient de 0 à 1 % selon les contrats, mais ne permettent pas de changer d’assureur. Le transfert vers un autre assureur reste impossible pour les assurances vie — contrairement au PER, où la loi Pacte a instauré la portabilité.

Concrètement, si votre contrat affiche un rendement 2025 inférieur à 2 %, les pistes sont limitées : racheter partiellement pour réinvestir dans un contrat plus performant, au prix d’une potentielle imposition sur les plus-values si le contrat a moins de 8 ans d’ancienneté ; ou maintenir le contrat pour préserver l’antériorité fiscale en attendant de voir si l’assureur améliore sa gestion. L’abattement fiscal annuel de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple reste un argument pour ne pas racheter précipitamment un vieux contrat, même sous-performant.

Ce palmarès 2026 ne redistribue pas les cartes entre assureurs, il les révèle. Les écarts qui apparaissent aujourd’hui n’ont pas émergé en un exercice : ils s’accumulent depuis plusieurs années dans les portefeuilles, et les relevés annuels en rendent enfin la mesure lisible pour les assurés qui prennent le temps de les lire.