ADEL signifie « Agios Découvert Échelonnés et Limités » : c’est le libellé comptable qu’utilisent certaines banques françaises pour désigner les intérêts débiteurs prélevés quand le compte est passé en négatif. Ce n’est pas un organisme extérieur, pas un prélèvement d’une tierce partie — l’argent part directement dans les caisses de la banque.
Ce qui surprend souvent, c’est le décalage temporel : les intérêts sont calculés chaque jour où le compte est à découvert, mais ils ne sont prélevés qu’à l’arrêté trimestriel. Un découvert de quelques jours en janvier peut donc n’apparaître sur le relevé qu’en mars. Toutes les banques n’utilisent pas le terme ADEL — d’autres établissements désignent la même réalité avec des intitulés différents.
Comment le montant est calculé
La formule officielle, encadrée par l’article R.314-9 du Code de la consommation, est la suivante :
Agios = montant du découvert × TAEG × nombre de jours / 365
Pour vérifier le montant prélevé, il faut donc connaître trois données : le solde débiteur moyen sur les jours concernés, le TAEG appliqué par la banque (indiqué dans la convention de compte ou les conditions tarifaires), et le nombre de jours passés à découvert sur la période trimestrielle. Ces trois éléments permettent de recalculer soi-même ce que la banque aurait dû prélever.
Le TAEG exact figure dans les conditions générales de la banque ou sur son espace client. La Société Générale, par exemple, affiche un TAEG de 23,56 % pour une facilité de caisse, en vigueur au 01/01/2026. À titre de comparaison, BoursoBank et Fortuneo pratiquent un taux de 7 % sur découvert autorisé. L’écart entre ces deux niveaux change substantiellement le montant calculé.
Pourquoi le prélèvement peut paraître disproportionné
Si le montant prélevé vous semble trop élevé par rapport à la durée ou au niveau du découvert, la raison est souvent le minimum forfaitaire d’intérêts débiteurs. Ce mécanisme prévoit qu’en dessous d’un certain résultat de calcul, la banque applique non pas les intérêts théoriques mais un montant fixe plancher.
Un arrêté de 1986 précise que ce minimum forfaitaire ne peut légalement s’appliquer que lorsque le découvert est inférieur à 400 € en moyenne journalière sur la période. Au-delà, c’est le calcul proportionnel au TAEG qui s’applique.
Selon l’Observatoire des Tarifs Bancaires, en 2025, 45 établissements sur les 95 étudiés appliquent ce type de minimum forfaitaire, pour un montant moyen de 6,05 €. Ce chiffre agrégé cache des écarts importants : La Banque Postale fixe ce minimum à 1,50 €, BNP Paribas et la Société Générale à 7 €. Un découvert d’un ou deux jours avec un solde faiblement négatif peut donc déclencher un prélèvement forfaitaire supérieur aux intérêts qui auraient résulté du calcul au TAEG — c’est l’explication la plus courante du sentiment d’injustice face à ce type de ligne sur le relevé.
Les conditions tarifaires de La Banque Postale illustrent bien ce principe : le minimum forfaitaire annoncé peut sembler modeste, mais le TAEG ou d’autres frais annexes peuvent modifier l’addition finale.
Ce que le TAEG change selon la banque
Le TAEG est la variable qui fait le plus varier le coût d’un découvert à durée et montant identiques. Les banques en ligne pratiquent les taux les plus bas — 7 % pour BoursoBank et Fortuneo sur découvert autorisé — là où les banques physiques partent d’un minimum de 14 %. Certains établissements atteignent des niveaux nettement supérieurs, comme les 23,56 % de la Société Générale sur facilité de caisse.
Le taux d’usure fixé par la Banque de France constitue le plafond légal que les banques ne peuvent dépasser : il est établi à 19,00 % pour les découverts en compte à partir du 1er juillet 2026.
Le libellé ADEL lui-même n’est pas universel. Si votre banque n’est pas la Société Générale ou un établissement utilisant cette dénomination, la ligne sur le relevé peut être formulée différemment tout en désignant exactement la même réalité : des intérêts débiteurs calculés au TAEG et prélevés trimestriellement.
Pour vérifier si le prélèvement sur votre relevé est justifié, trois éléments suffisent : identifier les jours où le compte était à découvert sur le trimestre, retrouver le TAEG dans les conditions tarifaires de la banque, et appliquer la formule. Si le résultat est inférieur au minimum forfaitaire de votre établissement et que votre découvert moyen était sous 400 €, c’est le forfait qui s’applique – et non un calcul erroné. Si le montant prélevé dépasse ce que donne la formule sans qu’un minimum forfaitaire ne soit mentionné dans les conditions de la banque, une demande d’explication écrite auprès de l’établissement est la démarche logique.